Solitaire
Blog n° 28 dimanche 24 août 2008
Je n'étais pas fait pour être solitaire
Non, pas celui de vingt quatre carats
Qui brille de mille feux
Aux doigts de l'être convoité
J'étais fait pour être adulé admiré aimé
Campé sur la scène d'un théâtre de plein air
Déclamant de la prose ou chantant une douce mélopée
A tous ces admirateurs prosternés devant leur idole
Des cris des crépitements d'applaudissements
M'ont sorti du rêve dans lequel j'avais sombré
La chute fut brutale en découvrant
Ce bureau triste à pleurer
Où je passe le plus clair de mon temps
A user mes yeux inexpressifs sur des chiffres sans âme
Que de vocations sont restées à l'état embryonnaire
J'aurais aimé être un catalyseur
N'avoir sur cette terre que des amis
N'apporter que de la joie et du bonheur autour de moi
Etre un guide, pour leur éviter toutes les embûches
Les épauler dans ce monde qui lui ne fait pas de cadeau
Sûrement que je n'étais pas assez convaincant
Ou trop omniprésent en voulant leur bien
J'aurais aimé comme quand j'étais gamin
Vivre dans le monde de la Comtesse de Ségur
Où toutes générations se côtoyaient
Chacun avait sa place dans cette maison familiale
Autour de grandes tablées où tout le monde était réuni
Où il y avait des débats passionnés et de grands éclats de rires
Nous vivons dans un monde
Que je n'ai pas choisi et qui n'est pas le mien
Où, je me sens mal, je peste, j'éructe, j'étouffe
L'individualisme est devenu le maître mot
Pour vivre soit disant mieux
Dés leur plus jeune âge,
Nous jetons nos gamins dans les bras d'une nounou
Nous ne prenons et n'avons pas le temps de les écouter
La réussite scolaire est devenue un challenge
La place convoitée est toujours la première
Il n'y a pas de place dans cette société
Pour les canards boiteux
Il n'est pas question d'aller main dans la main avec son enfant
Se promener un soir d'été pour admirer les étoiles filantes
Vient le temps où les pantalons remplacent les culottes courtes
A leur tour maintenant de rentrer dans la vie active
De se battre pour tenter de subsister, ou d'en avoir toujours plus
Trouver un conjoint pour convoler en justes noces
Vivre pleinement dans un monde fait de vrais ou faux amis
Oublier un peu, même beaucoup, les parents
Rendre la visite de politesse hebdomadaire, dans le meilleur des cas
La vie s'égraine sans que personne ne prenne conscience que les années filent
Tout surpris leur regard découvre un beau jour le visage de leurs parents
Ils réalisent subitement que la vieillesse a fait son œuvre
Cette société ne permet pas aux enfants de garder leurs proches près d'eux
Donc comme un boomerang, ça nous revient en pleine figure
Juste retour des choses, à eux maintenant de nous jeter dans ces mouroirs
Non pas par choix, mais ils n'ont pas d'autres moyens
Ce n'est sûrement pas cette vie que nous avons choisie et qui nous convienne
Dommage que par lâcheté, nous ayons créé un monde d'indifférence
Je hais l'INDIFFERENCE
La preuve que tout ce que j'ai désiré le plus au monde a échoué

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